samedi 29 janvier 2011

la motivation du yéti


Contemplant, la tête dans le pâté, l'intérieur du placard de la cuisine, Rémi Nguettone, constata avec amertume qu'il n'y avait plus de café. Il lâcha la porte du placard pour aller s'effondrer sur une chaise où il pourrait ruminer sur l'absence de son carburant matinal, son choc gustatif, celui qui collait une baffe à ses papilles, de quoi le tenir éveillé jusqu'à l'apéro du soir.
Il appela sa femme qui devait rentrer aujourd'hui de son séminaire sur la fission nucléaire, pour lui demander de ramener un paquet. Il laissa un message sur son répondeur, et raccrocha. Toujours assis, Rémi écarta les rideaux pour ne voir qu'un mur de neige. La soif du grain pointant violemment son nez, il n'eut plus qu'une seule option, aller se le chercher son café.
Il décida de s'habiller en conséquence. Son manteau d'hiver, il le retrouva dans la machine à laver qui venait d'arrêter son programme "lavage intensif pour gros dégueulasses", après cinq jours de turbinage. Il le sortit trempé, avec deux doigts, avant de le lâcher, atterrissant dans un "spouitch" des plus disgracieux. Mais rien ne pouvant briser sa volonté, Rémi, enfila, par dessus sa robe de chambre, qui était déjà enfilée au dessus d'un pyjama pure laine, la magnifique parure en poils de Husky de sa femme, et chaussa par souci esthétique, les boots qui allaient avec. Ainsi vêtu, il ouvrit la porte d'entrée pour découvrir le mur de neige qu'il palpa de ses doigts frêles. Le froid glacial envahit la maison. Prenant son courage à deux mains, et pour la gloire du café, Rémi saisit son zippo et immola par le feu, comme il pouvait le pauvre, la neige qui fondit en larmes à son passage. Il traversa ainsi les trois mètres de neige entassé devant sa maison.
Pour atteindre l'épicerie la plus proche, Rémi brava brouillard et petite tempête. La neige, lourde et compacte s'accumulait sur ses épaules et sa tête, rendant sa progression difficile, et sa démarche cahotante. Il avait beau secouer sa carcasse, la masse blanche restait bien en place, impériale et majestueuse. Qu'importe, Rémi continua.
Plus loin, dans la lunette d'un sniper japonais, spécialiste de la chasse alpine, Rémi. Le japonais prit une profonde respiration, qu'il coupa un temps, juste assez pour presser la détente et faire siffler la balle aux oreilles de Rémi.
Le pauvre bougre ne broncha pas d'un poil quand la première balle perfora la masse de neige qu'il se traînait depuis un moment mais ne demanda pas son reste quand la seconde balle vint ricocher contre la rotule en kevlar de sa jambe droite, et plongea. Pourquoi Rémi avait-il une rotule en kevlar dans jambe droite, on n'en sait rien pour l'instant, et ça ne servirait pas vraiment l'histoire.
Rémi atterrit sur le goudron couvert d'une épaisse couche de vous savez quoi qui amorti sa chute, et rampa pour sa vie. Quand il releva la tête, une balle, qui fendait l'air, arracha une belle lignée de poils sur le manteau de sa femme, sectionnant la poche intérieure. Rémi Poussa une gueulante.
Le sniper japonais découvrant avec effroi qu'il avait fait une bévue, voulut s'excuser en écrivant un message pardon pardon je vous ai confondu avec un monstre des neiges qu'il enfila dans une balle. Il chargea sa cartouche et pointa sa missive du pardon en direction de Rémi.
Rémi, qui n'était pas fou, déguerpit de ce coin malfamé, en pressant le pas sur un pont qui était situé vraiment pas loin. Mais soudain, une balle percuta son épaule droite, et il bascula par dessus la rambarde. Il atterrit dans le salon d'un bateau-mouche qui promenait des nonagénaires. Une troupe de vieux l'aida à se relever et lui proposa une tasse de café pour se requinquer. Ce n'était pas de refus, et le café était foutrement bon. Rémi décida de rester et de finir la petite croisière avec les vieux.
Le soir, c'est les larmes aux yeux que Rémi quitta les seniors à qui il promit d'envoyer une carte postale de sa maison.
De retour chez lui, Rémi retira le manteau et le rangea de telle façon à masquer les quelques éraflures qu'il avait subi. Il découvrit dans son salon, sa femme en train de discuter avec un japonais qui tenait son portefeuille, pas le sien, celui de Rémi, dans les mains. Rémi s'offusqua, et le Japonais lui bondit dessus pour lui rendre son portefeuille en lui mettant une claque sur l'épaule droite, ce qui réveilla une douleur oubliée. Le japonais prit alors les choses en mains et arracha avec les dents la balle qu'il avait lui même tirée. Il l'ouvrit et donna le message à Rémi qui, une fois qu'il l'eut lu, en fut tout ému. Il invita le japonais à manger le soir pour récompenser sa bonté et son humilité.
En les accompagnant dans la salle à manger, la femme de Rémi ramassa son manteau de Husky que le japonais avait fait tombé par mégarde. En le remettant sur sa patère, elle constata qu'il était abîmé. Elle fit part de son mécontentement. Rémi pointa du doigt le fautif japonais qui, pour se faire pardonner, écrivit un message d'excuses qu'il engouffra dans une balle. Dans la lunette de son fusil longue portée, on pouvait apercevoir l'épaule gauche de la femme de Rémi.

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