mardi 25 janvier 2011

savoir-vivre


Randolph enfila ses palmes toutes neuves achetées chez Décaclon et avança jusqu'au bord de mer. A six heures du matin, la plage était aussi silencieuse qu'un singe contemplant la Joconde.
Randolph s'aspergea d'eau pour s'acclimater à la fraiche température de la mer. Il ajusta ses lunettes de plongée Puis d'une traite il piétina les vagues et s'immergea. A l'aide de ses palmes qui battait une mesure de 230 bpm que ne renierait pas un groupe d'heavy métal guttural, il fendait les eaux en direction de nulle part. Et ce fut là son plus grand problème. Car après trois heures de nage sous-marine à l'aveugle, Randolph se perdit dans l'immensité aquatique. Se remémorant les conseils de Bear Grylls, il continua à palmer quoi qu'il arrive.
Et il prit à nouveau de la vitesse, tranchant au travers de banc de poissons. Soudain, une immense masse obscure lui fit face. Il tenta De s'arrêter en rétro-palmant, mais une de ses palmes s'éjecta et déséquilibra Randolph qui percuta la coque d'acier d'un sous marin nucléaire congolais.
Le choc fut violent, mais le vaisseau en absorba 90%. Randolph, juste sonné, contemplant le sous marin, eut alors la brillante idée de toquer à la porte pour demander à ses messieurs de bien vouloir le ramener chez lui en échange d'un bon café qu'il se ferait un plaisir de leur offrir dans son salon cosy. Ce que les sous mariniers congolais acceptèrent avec grand plaisir.

dimanche 23 janvier 2011

épitaphe


Willy 421, figure de proue des personnalités inconnues, aime tout prévoir à l'avance. Loin d'être à l'article de la mort, il relit l'épitaphe mortuaire que lui a taillé le gérant des pompes funèbres.

Top.
Né d'une mère espionne, qui accoucha en urgence sur la table des opérations des services secrets allemands durant la seconde guerre mondiale, j'attire l'attention des généraux germaniques de par ma beauté phrygienne. S'occupant plus de moi que des intérêts de leur patrie, ils conduiront leur pays à une défaite cuisante. J'ai passé mon enfance à accompagner ma mère dans ses missions et poser des micros dans les chambres ou les bureaux de soupçonnés belligérants. Principalement connu pour avoir inventé le sandwich au pain et le couteau de table tronçonneuse, après l'obtention de mon Bac Gyver, j'ai aussi, avec force humilité, mis fin à la guerre du Viêtnam, en important à Hanoi, pendant mes heures de bureau, un double cheese avec une grande frite et un grand coca, plus la collection complète des films d'Alain Delonlon. En 1986, je disperse et éparpille, à l'aide d'un ventilateur de chambrée, le nuage radioactif Ukrainien, qui en contact avec des strato-cumulo-nimbus et la poussée au réacteur d'un bœing 747, déclenchera une production d'énergie de 10000 MW/s, permettant aux foyers de faire tourner une machine à laver, un sèche linge en regardant la télé, en faisant réchauffer le lait du petit, et en préparant une palette au miel dans le four électrique sans que les plombs sautent. Plus tard, mon acte, qualifié d'héroïque, alors que c'était juste pour dérouler ma rallonge, aboutira à la construction d'éoliennes, dont je touche aujourd'hui quelques maigres royalties. Bercé par l'hébétude de mes con-citoyens, je me retire de la vie politique en 2002, sans y être entré.

je suis... je suis...


- Alors ça vous plaît? demande le directeur.
Mais Willy s'interroge.
- Pourquoi ce suspense à la fin sur mon identité alors qu'elle est donnée au dessus de mon pamphlet. Et puis c'est trop long. Les gens aujourd'hui n'ont plus le temps de s'arrêter pour lire. Si le texte est trop long, ils vont passer leur chemin
- Oui c'est vrai. Je voulais donner un côté paillette à votre sépulture, se défend le dirlo.
- Je comprends votre idée, mais à ce moment là, il faudrait quelque chose de plus incisif... qui me résume avec habileté...
- Mmmmm... "Au héros de la nation"?
- Non. trop tape à l'œil.
- Alors... "à la grande gueule"?
- Trop familier.
- ...
- Voilà ! J'ai trouvé. Mettez juste :

"Willy 421, Chic et sans chichi".

- OH ! Ça, ça me plait!
- C'est pas la votre je vous rappelle.
- Je sais mais quand même, je suis jaloux.

vendredi 21 janvier 2011

pingromètre


Saint-Maurice à rendez-vous avec Saint-Érasme. Il vient de garer sa Rolls Silverghost de 1910 dans la main street mais n'a pas de pièce pour l'horodateur. De peur de se faire enfourriérer son rutilent véhicule, Maurice va demander de la fraîche à Érasme, qui glande dans sons salon.

- Excuse-moi, t'as pas deux pièces?
- bah bonjour.
- T'as pas deux pièces?
- bah bonjour.
- T'as pas deux...
- bah bonjour.
- T'as pas...
- bah bonjour.
- T'as...
- bah bonjour.
- oui bonjour.

Maurice s'en va pour serrer la main d'Érasme, mais ce dernier préfère crisper sa poigne sur l'or qui réside dans sa besace.

- T'aurais pas un peu de monnaie? C'est pour le parcmètre. Il me faut pas grand chose parce qu'on va discuter, quoi, une heure, une heure et demi, donc file moi deux pièces histoire qu'ils m'embarquent pas ma silverghost.
- Tut.
- Pardon?
- Tut.

Maurice reste perplexe devant la syntaxe minimaliste d'Érasme.

- Juste deux pièces ok? Allez, je les prends dans ta besace cousue d'or.

PAF!

- Allons tu touches pas! Je t'ai dit tut! Tut c'est non! Tout le monde sait ça ici.

Maurice balaye du regard l'assistance qui fait non de la tête.

- C'est pas pour m'acheter des clopes, c'est pour ma rutilente!
- Tut!
- Allez, c'est quoi pour toi deux pièces? T'es fringué avec tellement de carats que tu pourrais faire bipper tout un aéroport.
- Tut! J'aime pas l'avion, j'aime pas les voitures, j'aime pas ce qui roule ou qui se déplace!
- T'es chtarbé en fait!

Sur ce, Érasme se crispe encore plus sur son or et fait grincer les pièces, ce qui ne manque pas d'agacer notre ami qui enfile des gants en latex, et porte la main sur sa flamboyante lame.

- Tut! Tu veux faire quoi? Me découper en morceaux comme dans les séries?
- J'ai pas la télé moi, monsieur le friqué.
- Moi non plus. Mais je la regarde aux travers des vitrines des magasins.

Maurice change de sujet car Érasme est parti pour nous jouer les cinq actes de l'Avare.

- Bon! Parlons peu, parlons bien. Deux pièces, je m'esquive, je les claque dans le parcmètre, un souci en moins, je reviens, on bavasse, un apéro et je trace. Tu...

Mais soudain, un bruit venant de l'extérieur attire l'attention de Maurice. Il sort en courant, et aperçoit les feux rouges arrières de sa Rolls s'éloigner, tractés par une dépanneuse de la fourrière. Il dégaine son épée, et la jette dans sa direction. Mais la lame se plante dans la roue de secours de sa Rolls. Maurice revient dans le patio.

- Quelle poisse!

Érasme, impassible et insensible expédie une targette verbale au misérable.

- La prochaine fois tu viendras à pieds. Bon maintenant, que ton problème est réglé, on peut discuter?
- J'veux rentrer chez moi! Tu m'séches les bourses!
- Comme tu veux.
- ...
- ...
- T'aurais pas deux pièces? Pour le bus?

mercredi 19 janvier 2011

hue!


Tony gerba ses pieds sous la table pour engouffrer le copieux petit-déjeuner que sa mère lui préparait depuis 33 ans. Troupeau de baguettes confiturées, hectolitres de café et jus pressé, barquette d'œufs au plat, de la saucisse rôtie au mètre, du pain pour saucer, et des tonnes de déjections évacuées en fin de repas.
Mais ce matin rien. Tony héla sa mère :
- WWWWWOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO !
Il allait lui passer un savon. Le service se dégradait depuis quelques temps. Les portions réduisaient. Sa mère rentrait à pas d'heure, et elle avait changé de taille de vêtement, passant d'un S à un XL en moins de deux.
- Tu veux ? Lui dit sa mère qui était arrivée dans la cuisine en grand-écarts.
Tony pointa la table.
- T'fous d'ma gueule! J'fais comment pour emmagasiner les protéines nécessaires à endurer les dures journées qui sont miennes?
- Va falloir commencer à voler de tes propres ailes, mon chéri, dit-elle en gonflant ses biceps.
Tony jugea l'impertinence de sa mère. Il se leva et constata qu'elle avait rudement grandi. Touchant presque le plafond.
- Tu t'prends pour Shouarzie avec ta gonflette ?
- Je l'ai plié.
- Quoi ! Toi t'as plié Shouarzie ? Pfff... Toi Shouarzie... Comme si qu'il viendrait te voir toi, qui sait pas décapsuler une kro avec son blaire. Ringarde !
Il planta violemment son doigt dans la poitrine de sa mère mais ne réussit qu'à se briser l'index sur un mur de brique.
- Aïe ! Putain t'es un T1000 ou bien ! T'es en ferraille c'est ça ! Putain pour plier Shouarzie c'est sûr ! Attend-toi j'vas te r'programmer la trombine pour que tu me r'fasses mon p'tit déj' comme avant !
Tony prit de l'élan pour sauter sur sa mère et trifouiller sa nuque mais avant qu'il n'ait pu lui toucher ne serait-ce qu'un grain de peau, Tonia, puisque c'était son nom, abattit ses mains, comme deux poêles à frire, sur les tempes de Tony qui s'effondra, exempt d'équilibre. Tandis qu'il se contorsionnait par terre, elle le saisit par la glotte et le plaqua au plafond.
- Ecoutes bien gratte-couilles ou je fais un nœud avec tes nerfs optiques, lui cracha-t-elle en lui massant le cou au point que ses yeux étaient prêt à faire plop.
1, Je suis ta mère alors tu chies dans ton froc quand je te parle,
2, Avec mes copines du club de full-contact-self-défense contre les merdeux on a eu une petite embrouille avec des légionnaires. J'ai réussi à me barrer à temps mais mes buddies, elles sont toutes en taule pour une petite semaine, alors
4, maman n'est pas d'humeur,
5, vu que je peux pas trop montrer ma tronche tu vas aller leur faire un coucou de ma part,
6, tu vas pas y aller les mains vides, tu vas leur ramener des oranges.
- C'est cliché...marmonna dans un râle, Tony, étouffé par la paluche de sa daronne.
- J'ai pas fini, postillonna Tonia en faisant craquer les vertèbres cervicales de Tony,
7, Tu vas presser les oranges là-bas, parce qu'elles raffolent du jus frais, et ensuite tu danseras devant elles pour qu'elles mettent du fric dans ton calbute pour payer une partie de la caution.
- C'est mieux...
- Tu trouves ? Oh, il est mignon. Allez file, tu vas les faire attendre, minauda Tonia, en mettant une taloche monumentale dans les fesses de son rejeton pour lui donner l'impulsion.
- Et prends pas la bagnole, je l'ai plié aussi!

lundi 17 janvier 2011

la rançon du success


générique début.

Ce mois-ci nous recevons dans notre émission un inventeur farfelu, fascinant et tout à fait délicieux, qui a beaucoup œuvré pour que les personnes âgées puissent encore, après une dégradation de leur vision, lire des grands romans d'amour et d'aventure, sans tenir le volume à bout de bras, ou la tête dans la reliure. Il revient aujourd'hui avec une toute nouvelle invention qui ravira nos seniors gastronomes. Je veux bien sûr parler de Giroflet Corsoisantedouze. Venez nous rejoindre Girolfet!

clapclapclapclapclapclapclapclapclapclapclap... clap...clap...clap.

- Après avoir inventé les livres à gros caractères, qui ont eu le succès qu'on leur connait, je crois que vous avez fait une forte dépression?
- Oui, c'est vrai, avec ma mamie comme cobaye, je bossais sur le concept depuis une quinzaine d'années, jour et nuit, comme un damné. J'ai tout essayé. Les bouquins format building, les pages rétro-projetées, lectures dans la stratosphère, la pauvre ma mamie je l'ai épuisée, mais elle en redemandait. Et puis un jour, je la vois utiliser une loupe en lisant Gulliver. Et là le déclic. Je lui ai arraché le livre des mains, je me suis enfermé dans mon laboratoire et le lendemain, elle lisait sans sa loupe. Puis la célébrité. Tout a basculé en une journée. Le fric facile, la dope, les putes, les macs, les punks, ma mamie a vu passer tout ce beau monde dans son salon qu'on avait transformé en boîte de nuit, le Lavaboys. Triste passé. Mais j'ai retrouvé la foi.

- Maintenant que l'on voit votre nouvelle création, on se dit que c'est une suite logique. Mais cela n'a pas du être facile. Par quel stratagème en êtes-vous venu aux boîtes de conserves?
- Bah c'est toujours ma mamie, qui m'a sortie de la spirale infernale du Lavaboys. Après ma désintox, je me suis remis à l'observer comme une bête blessée, et c'est là que je me suis aperçu qu'elle avait du mal à lire l'étiquette du ketchupe, parce que ça a commencé avec le ketchupe, mais Heinzzz n'a pas mordu au concept alors pour étendre le champ des possibles, j'ai confronté ma mamie avec une boîte de conserve. Et l'histoire s'est répétée puisqu'elle usait du même schéma comportemental qu'avec les livres.

- Désormais, en magasin nous pouvons donc trouver des boîtes de conserves où tout est écrit en gros. Mais pourquoi avoir opté pour un format de contenant plus grand?
- J'ai fait plusieurs tests pour en arriver à la conclusion que la boîte de taille standard était trop petite pour contenir la somme d'information en gros caractères. Quand j'ai présenté le projet à Los Angeles devant les usiniers, je leur ai demandé de réduire la masse d'information, que ma mamie ne lisait même pas, mais beaucoup de contraintes sanitaires et environnementales entrent en compte. Et finalement, quand ils ont proposé d'agrandir la taille des conserves pour y adapter mon concept qu'ils adoraient, j'ai dit banco.

- Mais ne pensez-vous pas qu'il y a quelque chose de contradictoire? Car certes, vous rendez les conserves plus lisibles mais vous en augmentez la masse. Or les seniors ont du mal à déplacer les objets lourds. Cela nécessite donc l'aide d'une personne tiers, et donc un coût supplémentaire.
- Dans chaque conserve, il y a un bon de réduction pour un stage de culturisme d'un mois.

- Ah ça! C'est pas con! Malheureusement l'émission touche à sa fin, merci d'avoir accepté notre invitation. Qu'allez-vous faire maintenant ?
- Vérifier que ma mamie s'est pas échappée, je crois que j'ai mal fermé le verrou de sa chambre avant de partir. Sans elle, je suis une m...

générique de fin.

samedi 15 janvier 2011

à sec


Suite aux pressions incessantes de sa femme qui avait vu au journal télé les nombreux incendies de foyers, Charles poussa le caddie jusqu'au rayon bricolage de son hypermarché pour acquérir un détecteur de fumée. En traversant les allées, il angoissait face à la difficulté de choisir un modèle parmi un panel énorme, vu le tapage médiatique qui sévissait.
Un seul modèle gisait parmi les allume-barbecues, les campinguegaz, les brûleurs, bombes incendiaires, grenades, et cocktails molotov.
Revenu chez lui, Charles installa le détecteur dans la cuisine sous le regard étincelant de Jeanne, sa femme, qui pour fêter l'occasion, entreprit de faire une tournée de crêpes monumentale avec une poêle de piètre qualité qui enfuma, en quelques instants, toute la pièce, dépourvue de hotte aspirante. Le détecteur émit un son strident. Charles, des torchons enfoncés dans les oreilles et les dents serrées, débrancha l'appareil, le temps que la fumée se dissipe.
Les jours suivants, parce qu'il bippait au moindre pet de fumée imperceptible pour le commun des mortels, le détecteur migra dans toutes les pièces de la maison.
Devant l'intensité du signal sonore qui broyait ses oreilles à répétition, le jour comme la nuit, Charles voulut se débarrasser du détecteur, mais sa femme, effrayée par l'idée que la maison pourrait flamber, désira le garder près d'elle malgré les inconvénients.
Il installa donc l'appareil dans l'endroit où lui et sa femme passaient le moins de temps possible, et où donc le détecteur serait le moins susceptible de sonner, aux toilettes. Un vent de sérénité souffla dans leur demeure.
Trois mois plus tard, le détecteur sonna à nouveau, en pleine nuit. Sans raison apparente. Charles et Jeanne sortirent en trombe de la maison et appelèrent, paniqués, les pompiers qui débarquèrent avec un paquet de piles. Ils enfoncèrent la porte de la maison et pénétrèrent à l'intérieur. Charles et Jeanne attendirent patiemment à l'extérieur. Soudain, l'alarme du détecteur se tue. Les pompiers ressortirent, et expliquèrent à Charles et Jeanne que l'appareil avait juste les batteries à plat. Rien d'autre, ils avaient l'habitude, boulot de con. Charles et Jeanne demandèrent si c'était là, tout ce qu'ils pouvaient faire pour eux. Alors, histoire de dire qu'ils n'étaient pas venus pour rien, ils aspergèrent d'eau toute la baraque.
Charles et Jeanne les remercièrent timidement, et retournèrent se coucher dans leurs draps trempés, mais dans un silence divin.

jeudi 13 janvier 2011

milles excuses


Aline d'Isidore Bois de Sèvre en Noix de Cageout,
fille de Edmond III de Bois de Sèvre, Duc Onlagoie et Suzanne Noix de Cageout, Vicomtesse de Vichicelaistain,

&

le Baron Hugues de Zoumzoumzen du Fon de Massie Troëne,
fils de Gearles Zoumzoumzen, archer de sa majesté, et Sunny Fon de Massie Troëne, Dauphine du concours Lépine,

sont honteux de vous annoncer qu'ils n'ont pas réussit à s'entretuer lors de la nuit de la Saint Sylvestre, étant trop bourré pour ne serait-ce que tenir debout. En effet, en attendant les invités qui tardaient, et tardaient, ils ont pris un apéritif musclé, en vidant toutes les coupes de champagne préparées pour l'occasion. Soit environ quarante par personne.
Toutes les personnes qui sont arrivées sur le tard et ont assisté à ce spectacle désolant, sont invités à venir déposer une gifle sur chaque joue des deux sujets, dans la semaine qui vient, de 10h00 à 12h30 et de 15h30 à 17h30. Vous connaissez le chemin.

mardi 11 janvier 2011

à quoi bon les soldes


Gonzague se réveilla plus tôt que d'habitude ce matin car, il devait aller repérer les vêtements qu'il souhaitait acheter, avant les soldes.
Chez Zaragapousthra, au rayon homme, il remarqua un magnifique pantalon en tweed aux rayures de multiples couleurs. Il fouilla dans le tas du même modèle et constata qu'il n'en restait plus qu'un à sa taille. Le pantalon entre les mains, palpant le tissu comme s'il s'agissait d'une relique, il éprouva un rude moment d'hésitation. Car d'un côté, si il le prenait maintenant, pour sûr, il en serait l'heureux possesseur, mais en contre partie, il le paierait au prix fort. Et de l'autre côté, demain, il serait sûrement à -40% mais aura probablement disparu. Gonzague palpait encore le tissu des ses mains moites quand il pensa à la triste réalité de ses bourses qui étaient un peu sèches. Le plus sage serait d'attendre demain.
Alors il se balada dans le magasin, son pantalon à la main. Au rayon des manteaux de printemps, il guetta autour de lui, plia son pantalon adoré, et le glissa dans la besace d'un mannequin en plastique qui présentait un horrible pardessus de la nouvelle collection.
Le lendemain, Gonzague fendit de bonne heure la foule de Zaragapousthra, pour récupérer son pantalon. Mais arrivé au mannequin, la besace avait disparu. Il intercepta un vendeur qui lui annonça que c'était un produit très demandé et qu'un client hargneux avait ardemment voulut repartir avec le modèle exposé.
Gonzague, paniqué, se mit en quête de la besace. Il refendit la foule, attrapant et fouillant chaque besace qu'il trouvait sur son passage, au risque d'irriter les badauds.
Il ne la retrouva pas. Soudain, il aperçut un grincheux affublé d'une ultime besace qui s'apprêtait à quitter le magasin. Gonzague courut vers lui et le plaqua entre les portiques de sécurité qui se mirent à bipper. Gonzague, triomphant, sortit de la besace, son magnifique pantalon. La direction du magasin arriva sur les lieux, et pour remercier Gonzague de son service rendu à la nation, lui offrit un article de son choix. Il regarda le pantalon, fit semblant d'en palper le tissu.

dimanche 9 janvier 2011

réflexion philœufsophique


Il y a très très longtemps, à l'aube de la crise d'identité, et des schémas existentiels du : d'où vient-on, pour aller où, dans quel but, et qui c'est qui va payer pour tout ce tintouin, qui engendrèrent la création de la carte michelin, du guide du routard, puis plus tard, du GPS, bref, donc, à l'aube de tout ça, une question, simple, plutôt bête à prononcer et stupide à écouter, voire à entendre pour les moins attentifs, fut énonçait par un intellectuel en toge lors d'une A.G.

Qui de l'œuf ou de la poule est arrivé en premier?

Ce qui ne devait être qu'une blague pour l'intellectuel en toge, se révéla être un terrible fléau qui captiva les esprits les plus prolifiques de la période. Certains, en désaccord sur la réponse, mirent les points sur les i avec forces conflits. Ce qui amena à confirmer que cette idiote interrogation, fut à l'origine des heures les plus sombres dans lesquelles le monde civilisé ait pu plonger.
Aujourd'hui encore sans réponse, malgré les avancées scientifiques, cette question c'est vu décernée la médaille du démérite, pour inutilité rendue aux esprits de la nation.
Récemment, un article paru dans la prestigieuse revue scientifique Genes, Brain and Behavior propulse un baril d'huile sur le feu, puisque la vraie question ne serait pas,

qui de l'œuf ou de la poule est arrivé en premier ?

mais plutôt,

qui de la boîte de 6 ou de la boîte de 12 a été bippé et donc vendue à la caisse d'un supermarché la première?

Les boîtes de 10 et 30 œufs ne sont pas prises en compte étant considérées comme "bâtardes" et issues d'une industrie qui ne pense qu'à l'argent.
Cette nouvelle interrogation coule sous le sens, puisque dès que la réponse sera tombée, l'on pourra déterminer, grâce au carbone 14 et au pastis 51, qui a acheté cette boîte et ce qu'il en a fait, ce qui conduira à mettre une réponse devant cette question qui brise la vie de milliers de penseurs à travers le monde, depuis des millénaires.

samedi 1 janvier 2011

colonie

La famille Starouarze, composée principalement de deux humains d'âge adulte, Hervé et Julianette, arrive juste à l'heure après être parti en retard, pour voir partir leur enfant, un humain de huit unités d'année chargé d'un sac à dos d'une pesée de 15 kg, à bord d'un vol interstellaire révolutionnaire qui servira à l'emmener en colonie de vacances pour sauver l'humanité d'une triste fin. Dans le hall de gare, ils patientent.

Hervé s'énerve.
- Bon qu'est-ce qu'il fout ce vaisseau.
- Mais calme-toi, il va pas tarder, lui dit Julianette.
Mais soudain, une éruption sonore se dégage d'une pleine rangée de haut-parleurs :

Tumdumdim...Mesdames messieurs, le vaisseau Voyager n.475921-a, mettant 350000 ans à rejoindre sa destination : Glièse 581 c, exoplanète située a 190 000 000 000 000 km, horaire initialement prévu à 15h29, est annoncé avec un retard d'environ une heure. Nous vous prions de bien vouloir nous excuser pour la gêne occasionnée.

L'annonce réveille l'esprit casse-burette du petit.
- Mouuuuuuuuuin!
- Ah non il va pas s'y mettre! S'enpourpre Hervé.
Julianette calme le jeu.
- Mais laisse-le un peu. Qu'est ce qu'il y a mon poussin? C'est le fait de quitter tes parents pendant 350000 ans qui te chagrine ?
- J'aime pas attendre!
- Non mais quel ingrat. Je te l'avais dit, il en a rien à foutre de nous, commente Hervé.
- Allons tu racontes des bêtises. Dis-moi mon poussin que t'es triste de quitter maman?
- Je m'en fous! Je veux partir! Je veux partir! Je veux partir!
- Oh c'est bon! Toute façon tu la verras même pas Glièse! Tu seras mort avant d'arriver, dit Hervé
- Oh t'es méchant, s'offusque sa femme avant d'avoir le bec cloué, tout comme le petit con pourri gâté, ce qui fait des vacances à Hervé.

jeudi 30 décembre 2010

faire-part


Aline d'Isidore Bois de Sèvre en Noix de Cageout,
fille de Edmond III de Bois de Sèvre, Duc Onlagoie et Suzanne Noix de Cageout, Vicomtesse de Vichicelaistain,

&

le Baron Hugues de Zoumzoumzen du Fon de Massie Troëne,
fils de Gearles Zoumzoumzen, archer de sa majesté, et Sunny Fon de Massie Troëne, Dauphine du concours Lépine,

sont fier de vous annoncer qu'ils s'entretueront pour une dinde demain soir,
au domicile familial, situé dans la chaste commune de Glouglou-en-Barœul.
Vous êtes cordialement invité à regarder, et même à participer, en achevant l'un des deux partis s'il ou elle venait à ne pas rendre l'âme, dans le temps imparti des douze coups de minuit.
Le chemin pour accéder à la demeure, sera indiqué sur des pancartes
scotchées aux poteaux de signalisations.
Apportez vos cacahouètes, vos chips et votre pack de six.

mardi 28 décembre 2010

la squadra


Dans la plus haute sphère de l'église romaine, le Pape Jean-Pierre Papaing III a réuni 22 de ses plus hauts dignitaires, triés sur le volet, pour leur faire part de sa stratégie offensive de 2011.

Un cardinal se jette à l'eau.
- Franchement, je le sens pas
- M'en fous, c'est moi qui décide! Dit le Pape qui bave de colère derrière son bureau.
- Pfff, mais on n'y connaît rien dans votre truc. Parlez nous de saint suaire, d'évangile, ou de plus belle la vie, là on est calé mais...
- Mais quoi! C'est si difficile de lever son cul de son siège et de courir et frapper dans une balle ?
Silence dans la salle.
- Remarquez, il a pas tort. On bouffe comme des ogres, à un moment, faut éliminer, fayote un des Cardinaux.
- Faux cul! Souffle-t-on dans la salle.
Le Pape voit rouge.
- Allons qui a dit ça!... Allons! Très bien sortez tous. Allez allez sortez sortez sortez! Vous allez comprendre votre douleur. Dois-je vous rappeler que votre côte de popularité est au plus bas ? Je me creuse la caboche pour re-dynamiser votre image, parce qu'on est d'accord tous, hein, ce n'est pas vous qui allez le faire. À part traîner la savate dans les couloirs vous foutez rien! Et c'est comme ça que vous me remerciez, en me traitant comme un prof de banlieue à risques! Mais le couteau, c'est sur votre table que je vais le planter. Je vais vous faire plier. Vous aurez plus besoin d'aller pisser avec tous les litres de sueur que vous allez perdre. Vous allez me faire le programme d'entraînement Cantona que vous trouverez décrit dans ses moindres détails, page 3 du livret posé sur votre table.
La salle râle.
- J'ai les pieds plats, se plaint un Cardinal.
Le Pape saute par dessus son bureau en grognant, et avant qu'il n'est pu se réceptionner au sol,un concert de chaises tonitruant grince et les cardinaux jaillissent de la salle. Le Pape époussette son survêt, quand un doigt se lève de la pièce qu'il croyait vide.
- On dit pas plutôt les Cardinaux?
Le Pape se retourne brusquement.
- QU... Qu'est-ce tu fous encore là ?
- Je vais y aller mais juste que c'est pas très correct les Cardinals. C'est les cardinaux, corrige le Cardinal.
- C'est ta phrase qui n'est pas correcte! Sur-corrige le Pape. Les Cardinals ça fait plus américain! L'avenir est outre-Atlantique. Si on veut percer, faut que les mots sonnent, que ça claque! Dans le soccer, les noms d'équipes, ils t'emmènent ailleurs, ils te font rêver d'un monde meilleur. Imagine les "Cardinals" scandés dans le stade alors que vous pénétrerez sur le terrain! Dit le Pape, la larme à l'œil. Je vais faire de vous des tueurs des surfaces. Une nouvelle page du sport américain est en train de s'écrire.
- C'est beau. Il y aura des pompom-girls?
- Allez file gamin, vas t'entraîner, la saison va bientôt commencer.
- Oui Papa!

dimanche 26 décembre 2010

confession


Odette et Odin reviennent d'un déjeuner où ils ont apprécié chacun des quatre plats présentés. Un feuilleté d'escargots, une cuisse de canard amande et figue accompagné d'un gratin dauphinois, un plateau de fromages, puis une bûche au café. On les retrouve plus tard le soir, chez eux, installés dans le canapé, pour cette courte analyse.

Odette regarde le poste de télé, l'air navré.
- Y a vraiment plus que des conneries à la télé.
- Boup kssssssssssssss, dit Odin.
- Avant c'était drôle et fin, maintenant tout est vulgaire et tape à l'œil... Tu trouves pas ?
Odin semble perdu dans ses pensées. Puis il dit :
- Finalement, il y avait trop de crème dans la bûche, pas assez de génoise. La pauvre, elle avait une épaisseur d'une pièce de cinq centimes. Non, c'est dommage, la crème était bonne, mais l'équilibrage mauvais donc ça devenait écœurant.
- Pourquoi tu dis ça maintenant ? s'étonne Odette.
- Je viens d'avoir un relent, le dessert m'ait remonté en mémoire.
- Bravo c'est raffiné.

vendredi 24 décembre 2010

anti-patinage


En ses traditionnelles fêtes de fin d'années, Josie s'apprêtait à recevoir la visite de ses grands enfants pour le réveillon de noël. Le repas était presque terminé, ne lui restait plus à faire que la bûche, dessert succulent qui allait faire vibrer les papilles de ses invités. Josie s'attela à sa réalisatione. Elle prépara ses ingrédients et se rendit compte qu'il lui manquait du lait. Il fallait qu'elle aille en chercher, son repas demeurerait inachevé sans ce dessert et elle ne se le pardonnerait jamais. Elle regarda par la fenêtre où les flocons tombaient dru, déposant sur la route, une grasse pellicule de neige vicieuse. La voiture de Josie étant une propulsion, si elle sortait comme ça, elle allait se foutre au tas sans concession. Elle appela une amie pour lui demander de l'emmener mais son mari avait emprunter le véhicule. Par contre, elle lui dit, l'ayant lu dans un magazine contemporain, qu'il fallait mettre des parpaings dans son coffre pour alourdir la voiture et ainsi, éviter de patiner.
Josie la remercia, raccrocha et réfléchit à cette brillante éventualité. Le problème, c'est qu'elle n'avait pas de parpaings. Il y en avait bien qui avaient servi à la construction du garage, mais elle s'imaginait mal en abattre les murs pour en récupérer. Par désarroi, elle s'effondra devant la télé, à moitié vaincue. Un film de gangsters américain était diffusé. Aller à pieds au magasin était inconsidéré, il était situé à plus de 10km, pensa-t-elle. C'était foutu, pas de bûche à noël tant pis, les enfants la banniraient de leurs vies pour cet affront. Puis soudain, alors qu'elle ne le regardait qu'à moitié, une séquence du film attira son attention, et lui donna une idée pour remplacer le poids des parpaings.
Regonflée à bloc, Josie enfila ses moonboots et sonna chez son voisin le veuf. Il eut à peine le temps d'ouvrir qu'elle lui assena un violent coup de couronne de houx qu'elle avait décroché de sa porte. Elle le bâillonna sur le perron, le tira jusqu'à son garage et le mit dans le coffre de sa voiture.
Josie démarra. Les roues patinèrent un peu, puis les pneus accrochèrent l'asphalte, emmenant Josie vers la brique de lait. Elle croisa sur le chemin, nombre de voitures en travers, dont les propriétaires regardaient avec envie la voiture stable de Josie, prêts à tout donner pour connaître son secret.
revenue chez elle, sans accrocs, Josie prépara avec amour sa belle bûche qu'elle réserva au frais en attendant ses enfants.
Un peu plus tard, le téléphone sonna. Au bout du fil, ses enfants lui expliquèrent qu'en raison des conditions climatiques, ils ne pourraient pas venir. Josie tenta de leur expliquer son astuce mais rien n'y fit. Toutes les routes étaient de toute façon bloquées par chez eux. Josie, déçue, déposa le combiné. Elle ne s'attendait pas à passer encore un noël toute seule. Elle posa négligemment sa main sur la table de la cuisine et se piqua avec une couronne de houx. La douleur agît comme une note posée sur la porte du frigo.
Josie courut à son garage pour libérer le voisin. Elle l'invita à manger pour se faire pardonner et vu qu'il était seul et qu'il n'avait rien de prévu, il accepta.
Le dîner fut une réussite, ponctué par une bûche somptueuse.

mercredi 22 décembre 2010

histoire de la peinture (1) : mea culpa


Grünewald enfila son manteau et claqua la porte de l'appartement. En descendant l'escalier, il ne pouvait s'empêcher de pester contre sa bonne femme qui voulait qu'il arrête la peinture et lance sa franchise de resto-routes, un marché bien plus porteur en ce début de 16e siècle que des croûtes sans âme.
En ce mois de décembre 1510, la neige tomba en masse, recouvrant la totalité des rues de Mayence. Grünewald qui souhaitait faire un tour hors des sentiers battus observa avec effroi, des calèches et chariots stoppés net en travers de la route.
Résigné, il arpenta les rues, réfléchissant à une nouvelle composition picturale qui pourrait clouer le bec de sa mégère. Perdu dans ses pensées, Grünewald ne prêtait pas trop attention aux conditions dans lesquelles il évoluait. Plus il avançait, plus la couche de neige s'épaississait. Et bientôt, Grünewald se retrouva avec de la neige jusqu'au cou. Réalisant qu'il ne pourrait aller plus loin, il tenta de faire demi-tour. Mais il était pris au piège par la neige qui s'était consolidée et tombait à nouveau drue. La couche s'épaissit. De la neige s'infiltra dans son manteau, et bientôt, Grünewald fut complètement enseveli. Plongé dans l'obscurité, il commença à paniquer et des images mentales de sa funeste destinée le submergèrent. Quantité de larmes coulèrent le long de ses joues et la glace fondit à leur passage. Observant ce phénomène scientifique, il reprit espoir et se mit à penser aux évènements les plus tristes qu'il ait connu. Il pleura à flots, créant ainsi une petite cavité devant son visage qui lui permit de mieux respirer. Malheureusement, cela n'était pas suffisant pour le faire sortir de sa prison de glace. Il entonna alors une poignée de chansons graveleuses. Mais la fatigue le submergea, sa voix faiblit et le silence régna.
Grünewald se sentait partir quand des pas résonnèrent à la surface. Puis soudain, l'on se mit à gratter et la lumière percuta ses rétines congelées comme un coup de griffe. Grünewald fut remonté à la surface par Saint-Antoine qui avait entendu une voix de ténor émerger de la neige. Il discuta le bout de gras avec lui, et avant même d'être revenu chez lui, ils étaient devenu copains comme cochon et il connaissait tout de lui et de ses envies.
Plus tard, pour remercier Saint-Antoine, Grünewald se mit à peindre les tentations de ce dernier dans lesquels il injecta un peu de son vécu, piégé dans la neige pour rendre le tableau plus affriolant parce qu'en réalité, à part le chocolat, il n'y avait pas grand chose qui tentait Saint-Antoine.
Sa femme trouva que ça avait de la gueule, et elle abandonna son idée de resto-route.

samedi 18 décembre 2010

snif


Ce matin, les gendarmes d'Azerty/Up, ont fait une bien macabre découverte, après avoir reçu l'appel d'un citoyen qui se plaignait de l'odeur résineuse se dégageant de l'appartement du 2è. Dépêchés sur les lieux, ils ont trouvé, après avoir enfoncé la porte de l'appartement, les cadavres de deux conifères appartenant à la famille des Araucaria heterophylla, célèbre pour leur putch contre les fêtes de fin d'années. Les sapins, étouffés dans de la toile grosse maille, gisaient vulgairement sur le sol bétonné de l'entrée. Nul doute pour les gendarmes, choqués par une telle vision d'horreur, que c'est là, un coup du groupuscule terroriste "Xmas Hell's Angels" qui perpétue la tradition du sapin de noël malgré l'arrêté préfectoral du 12 Février 2022 qui interdit le port du sapin à boules. Le locataire de l'appartement a quant à lui, mystérieusement disparu. Les sacs de boules et de guirlandes retrouvés sur la table de la salle à manger laissent à penser qu'il a quitté précipitamment les lieux. L'enquête est ouverte.

jeudi 16 décembre 2010

vidéostein


Dans la salle secrète de pressage gold d'un laboratoire secret, siégeant dans les tréfonds d'une île enneigée que l'on ne peut trouver sur son GPS même avec une mise à jour, le professeur Krisberth Von Numerick insufflait encore quelques grammes de génie à sa diabolique création. Des bloup-bloups liquoreux circulaient de fioles en fioles dans des tuyaux de verres, changeant trente fois de couleur par seconde, et inondant la pièce d'un stroboscopisme hypnotique. Le professeur, installé sur son ordinateur, transféra les derniers fichiers vers sa création, un cube de composites, recette familiale. Puis il saisit avec précaution l'objet sur lequel il travaillait avec tant d'acharnement, et le plaça au milieu d'une machine d'acier titanesque qui ronronnait et suintait. Un bouton actionné, et la machine se mit en branle, pressant hydrauliquement et avec férocité, le cube diabolique qui semblait couinait sous la force qu'il subissait.
Enfin la machine s'arrêta. D'un nuage de fumée, le professeur retira un disque carré percé en son milieu. Jubilant comme une pompom girl à la mi-temps d'une rencontre sportive, il prit l'ascenseur qui l'emmenait au sommet de la tour secrète de son laboratoire secret, caché dans une île vous savez la suite. Ding, la porte de l'ascenseur s'ouvrit, et Krisberth Von Numerick, aveuglé par la lumière du jour, brandit vers le ciel sa révolution technologique, éclatant d'un rire à gorge déployée qui laissait entrevoir une dentition malmenée par les aléas des plats tout prêt, réchauffés au micro-ondes. Puis, pour appuyer sa diabolique découverte, un orage azazelien éclata. BROUM BROUM ! Le professeur venait d'inventer le KVN, Karré Vidéo Numerick, nouveau format vidéo qui allait permettre de stocker plus de huit billiards de films sur une seule galette, dans toutes les langues et sous-titres possibles, avec les différentes versions, les making-of, les jeux-concours, les commentaires de l'équipe technique, une qualité cinéma, un son qui déboîte. Finit les étalages capitalistes dans les magasins spécialisés. Maintenant, un seul produit trônera fièrement au milieu de l'échoppe : le KVN ! Krisberth Von Numerick ria à nouveau d'un rire à gorge déployée.
Un peu plus loin, dans les profondeurs de la mer intérieure de Seto, un bip strident résonna dans le sous-marin Sony-Alabama. Sur des écrans de contrôle, des technocrates japonais observaient une forte activité technologico-belligérante, dans les tréfonds d'une île que l'on ne peut trouver sur son GPS, même avec une mise à jour. Une étude plus approfondie du problème leur révéla que leur frêle support bluray était mis en danger par un nouveau support vidéo qui allait couler toute l'industrie. Soudain, le sous-marin baigna dans une lumière rougeoyante signifiant qu'il leur fallait agir sans plus attendre. Le Général contacta ses troupes d'usines en Chine qui envoyèrent une pléthore d'avion-cargo qui larguèrent des parachutistes adeptes du kung-fu au dessus de l'île enneigée du professeur Krisberth Von Numerick.
Le professeur, au sommet de sa tour secrète s'arrêta de rire et reprit l'ascenseur pour aller manger. lorsque la porte s'ouvrit à l'étage de la cuisine, il se retrouva nez à nez avec un chinois qui occupa tout son champ visuel. Un silence s'installa. Le professeur fit un pas de côté dans l'espoir de passer mais il vit derrière son obstacle, toute une armée de chinois. Il eut à peine le temps de papillonner des yeux que les deux-cent-trente-quatre chinois se ruèrent dans l'ascenseur, dont la porte se referma, et abattirent leur technique kung-fu pour le neutraliser. Lorsque la porte se rouvrit, tous les chinois s'évaporèrent, laissant le pauvre professeur exhaler son dernier souffle. Avant de partir, un chinois prit des doigts morts et refroidis du professeur, le fameux KVN, et le fourra dans la poche.

mardi 14 décembre 2010

LEDMRFRH


Pour redorer son blason dans un royaume en proie aux doutes, et aux difficultés économiques, Henri III de France, décida, dans sa majestueuse bonté, de montrer l'exemple, en vendant des magnétoscopes sous le manteau au parc Saint-Cloud. Grand fan de comics américains, C'est masqué, qu'il agissait pour le bien du royaume. Cachée sous son épaisse tunique brodée, une collection complète de VCR, Bétamax, Bétacam, SRV, V2000, VHS, disponible immédiatement, et à des prix défiant toute concurrence pour l'époque. Henri agît ainsi dans l'ombre durant quelques années, rééquilibrant les comptes du royaume et propulsant la VHS au rang de support standard.
le moine Jacques Clément, de la ligue catholique, qui connaissait le secret du roi, ne vit pas ça d'un très bonne œil, car l'enregistreur de cassette permettait la divulgation d'images hérétiques.
Jacques tenta d'assassiner Henri III de France en le poignardant, alors que ce dernier négociait un Groundig SRV, mais le roi le sentit venir et lui fait une clé de bras pour le désarmer. L'altercation attira l'attention, Henri s'enfuit, quittant sa tunique en pleine forêt, où se dispersa tout son matériel.
C'est dans cette même forêt que Hervé Demill trouva, récemment, une relique Bétamax de 1581 qu'il tenta de revendre au marché noir. Malheureusement pour lui, il se fit pincer par la Ligue Extraordinaire de Destruction Massive des Reliques de Feu Roi Henri III qui le poignarda violemment en prétextant de lui remettre une lettre lui faisant croire qu'il avait gagné une cassette des archives complètes de l'INA. La ligue commenta son geste en épinglant une note sur le torse d'Hervé disant que maintenant, il faut arrêter de nous sécher les bourses avec les cassettes quand on voit la qualité d'un bluray.

dimanche 12 décembre 2010

grand seigneur


Par une magnifique fin de semaine ensoleillée, Armand M. participa à un concours de pêche, au lac communal de Vazie-Samord. Organisée par le Club de pêche local "Mon P'tit Bouchon", la compétition opposait principalement les licenciés, qui arrivèrent en masse vers les 5 coups de 4h55, parce que ma montre retarde, du matin. Armand gara sa poubelle sur le parking improvisé.
À 11 heures, après un petit-déjeuner costaud offert par la mairie, un parc de truites conséquent fut lâché dans l'eau. Le temps que les poissons s'acclimatent, les pêcheurs s'installèrent autour de l'étendue d'eau. Armand M. posa ses affaires dans le virage, prépara sa ligne, fit quelques étirements, puis le départ fut donné.
Armand, à l'instar de ses comparses, jeta sa ligne dans le lac et s'arma de patience. Quatre heures plus tard, Armand, malgré son activité offensive, restait bredouille quand les besaces des autres pêcheurs se remplissaient avec une arrogante constante de trois truites par heure.
Armand fit le tour complet du lac, jetant par endroit sa ligne, dont l'appât était snobé par les truites. Revenu à la case départ, il claqua sauvagement sa canne par terre, et se fit engueuler par quelques pêcheurs qui l'accusaient de faire fuir les truites. Les ignorant, il ouvrit sa besace, et se prépara une ligne qu'il sniffa d'un trait. Ensuite, ragaillardi, il marcha jusqu'à sa voiture, s'installa, démarra, enclencha la première et fonça en direction du lac. Des pêcheurs s'écartèrent au dernier moment, juste avant que le véhicule ne percute la surface de l'eau, emplafonnant au passage, un banc de truites distraites. Armand se dégagea de sa voiture, prit dans le coffre une besace, et nagea vers le capot avant où il ramassa les cadavres de truites tamponnées. Une fois son sac plein, il revint vers le rivage, sous les yeux rageurs de ses compatriotes.
La compétition fut alors interrompue, et au comptage, Armand M. fut désigné grand vainqueur, remportant au passage un barbecue qu'il mit tout de suite en action, en grillant les truites. Il invita les autres pêcheurs, assez mauvais joueurs car ils tiraient une gueule de quatre mètres de long, à partager son repas.

vendredi 10 décembre 2010

tercet gagnant


La caravelle de Christophe Côlon lutta tant bien que mal contre une mer ténébreuse avec une houle courte et sauvage. Sous un orage à gouttes de plomb, l'artimon céda le premier, emmenant dans son sillage, la hune déchirée du grand mât. Côlon s'acharna à tirer son navire vers bâbord, mais une vague immense fouetta l'embarcation, et brisa les bras, faisant ainsi céder les vergues et plier le grand mât et le mât de misaine. Plusieurs marins périrent écrasés. Côlon, désarmé, fut saisi d'une crampe qui le scia en deux. Allongé sur le gaillard d'arrière, il aperçut alors, entre les gouttes, et illuminé par les éclairs qui rugissaient, un lopin de terre. Il donna un violent coup de pied dans son gouvernail qui fit obliquer la caravelle vers tribord. Une vague terrifiante frappa le bateau qui prit de la vitesse et vint se fracasser contre la berge.
Le lendemain, Christophe Côlon, courbaturé de partout, fouilla son navire à la recherche de survivants. Marchant sur le pont au bois trempé qui manquait de céder à chacun de ses pas, Côlon ne retrouva aucun membre de son équipage. Il essuya une larme en pensant à ses fiers compagnons engloutis par l'océan. Puis son ventre grogna, le ramenant à une réalité crue, celle de nourrir son homme.
Il posa pied à terre, et s'enfonça dans la forêt qui bordait la mer. Il sillonna les rangées d'arbres comme des rayons de supermarché. Cueillant tel fruit, coupant telle fleur, arrachant telle herbe. Mais à chaque fois, une pointe de déception pouvait se lire sur son visage. Car ce n'est pas du tout ce dont il avait envie en ce moment. En vérité, Christophe se serait bien tapé un bon rumsteck entouré d'une belle poignée de frites dorées. Il en salivait encore en retournant vers l'épave de sa caravelle. Épuisé par ses recherches, il s'endormit contre le bois.
En pleine nuit, il se réveilla, transi par un appétit féroce. Il se leva et marcha un peu au bord de l'eau. Soudain, une lumière attira son attention, qui provenait de sous l'océan. Irrésistiblement attiré, il pénétra dans l'eau glacée, pris une grande respiration et plongea. Il rejoignit en quelques brassées, le banc lumineux. C'était des algues planctoniques. Côlon, les caressa du plat de la main et leur douceur activa ses glandes salivaires. Guidé par une volonté inconnue, ou par la faim, il prit une poignée d'algues et les avala sans les mâcher. Une grande chaleur traversa son gosier pour atterrir dans son estomac. Il en mangea encore et encore, jusqu'à ce que l'air lui manque. Alors il remonta, le ventre plein. Sitôt qu'il sortit de l'eau, il fut saisi d'étourdissement, ses jambes se dérobèrent et il s'effondra sur la terre. Il se releva avec difficultés, quand il entendit derrière lui, quelques clapotis suspects. Il se retourna et découvrit un petit animal qui semblait émerger de l'eau.
Suivi de deux autres, ce petit animal, qui se révéla être un philosophe tenace fit la morale à Christophe, en lui expliquant que "des algues, tant et si bien qu'elles fussent comestibles, ne représentaient pas dans l'imagerie d'Épinal, un substitut du steak-frite. Et comme, l'on se doit de ne pas se baigner après avoir manger, l'on ne doit pas sortir de l'eau après y avoir mangé." Ensuite, il ajouta que "ses parents avaient encore beaucoup à faire concernant son éducation". Côlon écouta sans moufeter. Le petit animal l'acheva avec cette célèbre comptine à trois vers :

Côlon, Côlon, c'est pas gratifiant comme nom,
Quand on l'entend ça sonne mignon,
Mais quand on l'écrit ça fout l'bourdon!

Strophe qui fit beaucoup réfléchir Christophe. Puis, le petit animal retourna dans l'eau en pouffant de rire.
Le matin, Christophe remonta ses manches, abattit quelques arbres, construisit un radeau d'après ses souvenirs et navigua droit vers l'avenir.